Commune de Cénevières, 46

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Le chateau de Cénevières
Le château surplombant le Lot

Un peu d'histoire

Le territoire de la commune de Cénevières

Encore actuellement notre commune porte les traces de ses origines lointaines. A partir du Vè siècle environ, avec l'installation du Royaume wisigoth à Toulouse, mais plus sûrement vers les VIIIè et IXè siècles, Cénevières fut d'abord un casernement dominant le Lot, une "motte" conçue pour la guerre et la défense d'un pays dont le château n'était qu'une borne frontière...
Mais avant les wisigoths, le terrain inondable des bords du Lot entre l'église de Cornus et la maison de Ribot était sans doute occupé par une villa gallo-romaine dont on ignore tout pour l'instant en l'absence de fouille.

 L'utilisation de l'espace

Durant une partie du Moyen-âge, ce qui est maintenant la commune était le territoire du château des Gourdon et de ses propriétaires précédents. Le Lot étant la voie de circulation essentielle, il était important d'en posséder les rives: les tenir, c'est tenir aussi l'arrière-pays. Le château est donc "possesseur" de la rive gauche et de la rive droite depuis les limites de la paroisse de Crégols jusqu'à celle de Calvignac. Il tient aussi les terres séparant le bourg de Limogne de la rivière et ses propriétaires passeront peu à peu du statut de hobereau du causse de Limogne à celui de défenseur de la vallée...
Ce statut deviendra définitif seulement autour du début du XVIIè siècle; entre temps les envahisseurs romains, wisigoths, francs, sarrasins, vikings et anglais auront apporté par la rivière autant de richesses que de désolations. La religion ne sera pas en reste: l'arianisme ne fut pas la religion de l'Europe de l'Ouest, mais était bien celle des wisigoths; le catharisme et le protestantisme ébranlèrent fortement ici aussi, la position dominante du catholicisme. L'actuelle commune de Cénévières connut les affres des dualités religieuses et leurs soubressauts y ont leur résonance.
Le château lui-même ne fut longtemps qu'un lieu de casernement pour les soldats d'une garnison : en plus des cavaliers, leur famille et leurs servants s'y trouvait aussi la logistique qui leur était nécessaire, artisans pour l'entretien des armes, personnel de cuisine, etc.
L'espace de vie dans la caserne elle-même était restreint. Elle était installée sur son emplacement actuel mais avec davantage de bâtiments. La famille des propriétaires a un temps logé ailleurs: proche de Limogne, la maison forte de Roquecave fut son lieu d'habitation jusqu'à la Renaissance.

  • La rivière, les ruisseaux et les points d'eau sont évidemment essentiels pour la vie des hommes d'alors: le Lot est la seule vraie route où passent des commerçants dont on tire des péages mais aussi les envahisseurs potentiels contre lesquels il faut se défendre;

  • On vit sur la frontière et on vit également d'elle: le pays est riche de ses casernements et de la contrebande. C'est Henri IV qui, en déplaçant la frontière française aux Pyrénées, donne, à terme, le coup de grâce à la prospérité de Cénevières. Devenu Roi de France et après avoir délaissé le sud, il ordonne la destruction des forteresses de l'ancienne frontière n'épargnant que celles de ses amis: les châteaux de Saint-Cirq seront rasés, celui de Cénevières épargné;

  • A proximité des sources s'établissent les populations: à Cornus, à Saint-Clair, à Roquecave;

  • Les châtelains d'une part, l'Eglise de l'autre ont l'exclusivité des droits de meunerie: la famille propriétaire du château possède deux moulins à eau, le plus important placé sur la rive droite du Lot à La Toulzanie, le second près de la source du Girou qui sert aussi à gérer un étang d'élevage de poissons;

  • La vallée du Girou, de sa source à son embouchure, est bientôt réservée à l'unique culture industrielle du chanvre, nécessaire à l'outillage et à l'habillement. Le ruisseau sert au rouissage de la fibre, préparation nécessaire avant le tissage qui se fait dans chaque foyer et peut être par quelques artisans. Le Lot étant rivière navigable, les rives doivent rester libres d'emprises autres que les chemins de halage nécessaires à la traction des bateaux.

    Pour des raisons de sécurité, durant tout le Moyen-âge on n'habite pas dans la vallée elle même; des petits hameaux se logent contre la falaise, auprès d'une source. Il y existe toujours un chemin par où faire fuir sur le causse en cas d'alerte famille et animaux: c'est le cas de Cornus comme de Saint-Martin sous le Cayre... Trop proches des verrous militaires de Saint Cirq et de Cénevières, ces villages sont d'autant plus menacés par les invasions.
    Les habitations ne s'installent dans la plaine fertile que très tardivement. Si au Moyen-âge, Cornus et Saint-Martin ne sont embryonnaires malgré la présence d'églises romanes, territoires sacrés protégés, c'est parce que l'on ne peut gaspiller en implantations d'habitation la terre que l'on doit travailler. Il en va de même à Cénevières où aucune maison d'habitation n'existe avant le XVIIè siècle car la terre cultivable doit être réservée à la subsistance du château, tant des chevaux que des hommes.
    Le territoire tenu par ses propriétaires s'étendait des environs de Limogne -où se trouvait leur habitation- aux bords du Lot -où était leur forteresse-. Cette situation perdura jusqu'au temps des rois Henri II et Henri III.
    Au début des guerres d'Italie, le propriétaire du château obtient des postes importants dans l'administration des troupes françaises d'occupation dans la vallée du Pô. Il voit se créer là-bas la première Renaissance et, lors de son retour, décide de transformer la forteresse qui n'a plus d'utilité en un logis assez semblable aux lieux italiens où il a vécu.

La chapelle de Saint-Clair
La chapelle de Saint-Clair

L'économie locale

Pour faire vivre en autosubsistance les maîtres et les soldats, il faut une main d'oeuvre spécialisée en artisanat, en agriculture et dans les techniques de transformation des produits agricoles:
- le territoire du causse sera réservé aux productions vivrières de base -orge, seigle, avoine, blé - et un peu de viande;
- celui des bords du Lot, essentiellement au maraîchage et à l'herbage;
- la partie intermédiaire - les pentes abruptes de la vallée, surtout celles orientées au sud- étant réservées à la production de vin;
- autour de la vallée du Girou, on cultive essentiellement le chanvre qui donne son nom au lieu-dit où le village commence d'apparaître. Les maisons qui s'y construisent n'occupent que les éperons rocheux où la culture ne se fait que difficilement: on évite tout mitage du territoire agricole;
- enfin, de tout petits gisements de fer ont été utilisés - et épuisés - autour de Saint-Clair et du Pech Mil pour l'usinage des armes; à partir du XVè siècle, des phosphatières ont été exploitées, alimentant jusqu'à la fin du XVIIIè une petite usine de transformation d'endrais pour les besoins locaux.

Le territoire et l'Eglise

Nous avons une spécialisation des territoires du château dont l'organisation ecclésiastique prendra acte: en plus de la chapelle de garnison, deux paroisses sont installées marquant le caractère complémentaire des paysages:
- la chapelle du château pour la population militaire, puisqu'il n'existe pas encore de village organisé,
- l'église préromane de Saint-Clair dessert la population agricole du causse,
- l'église romane de Cornus sert les besoins de la partie maraîchère du territoire.

La "politique"

Du Vè au IXè siècles, la garnison tenait une petite partie de la frontière nord-est du territoire des rois wisigoths et son chef était forcément un fidèle du roi de Toulouse; les wisigoths sont ariens et la population locale était christianisée mais dans cette religion. La région était donc considérée par la France du Nord comme "hérétique". Raison pour laquelle les rois Francs et leurs successeurs couvriront leur expansion politique vers le sud du voile de la défense de la religion "catholique".
L'arianisme disparu, les cathares firent timidement leur apparition, puis le protestantisme et la région continua de se refuser entièrement à la religion officielle des édiles locales. Quand Antoine de Gourdon se convertit au protestantisme, il espérait que toute sa population franchirait le pas avec lui car telle était la règle officielle. Mais il ne réussit qu'à dresser contre lui la population de Cénevières: Le Clapié, Laparro, Astran sont alors déjà peuplés et les habitants n'ont d'autre ressource, puisque le chapelain du château est maintenant un pasteur protestant, que d'user des services du prêtre de Saint-Clair ou de Cornus pour les enterrements au cimetière du causse, soit de Saint-Martin pour les mariages et les baptêmes. Les mariages, les enterrements et les baptêmes se font plutôt à Saint-Martin quand on habite la vallée malgré la difficulté de franchir la rivière par bac.
C'est à cause du protestantisme des châtelains des XVIè/XVIIè siècles que Cénevières n'aura d'église que deux mois avant la Révolution française, en mai 1789, bien que, par provocation et opposition au château, les habitants l'aient réclamée deux siècles durant à l'évêché qui fera la sourde oreille.

La suite de l'histoire

A la Révolution une partie de la famille des Gourdon est partie en Angleterre rétablir avec le whisky sa fortune compromise en France. Il n'y a plus depuis longtemps de Français faisant la guerre en Italie et les pays du Lot n'étant plus frontières ont perdu leur importance stratégique. Les grandes familles locales ne sont plus aussi influentes et n'ont plus à être ménagées. Celle de Gourdon se souvenait s'être enrichie autant avec le vin de Cahors (qu'elle vendait au Roi de France depuis Henri IV et à l'église orthodoxe russe) qu'avec sa participation à la politique nationale. Mais, après le règne d'Henri IV, monté à Paris avec ses conseillers de langue d'oc, les politiciens redeviennent originaires d'abord du Nord, autour de Paris essentiellement, et ceux du Sud doivent peu à peu s'effacer...
Enfin la Révolution de 1789 mettra un terme aux privilèges de la noblesse: localement le château n'est plus place forte depuis trois siècles environ, encore moins casernement. Il est resté résidence et aux XXè et XXIè siécles est devenu objet de visite...
Au cours du XIXè siècle, les grandes réalisations industrielles ne tardent pas à arriver aussi:
- Le chemin de fer national se ramifie jusqu'à passer dans la vallée à partir des années 1880. La rivière n'est plus l'unique moyen de passage dans le pays et on abandonnera bientôt le fret fluvial au profit du chemin de fer, puis de la route;
- Le rail apportera pour un temps à l'usine de Cénevières la matière première dont se font les engrais: le phosphate brut, importé d'Amérique du Sud par le port de Bordeaux;
- Toujours vers la même période, pour avoir la force motrice nécessaire aux machines on détournera le cours du Girou pour lui donner son cours et son embouchure dans le Lot actuels;
- L'importation du phosphate à petite échelle n'étant plus rentable, l'usine aurait dû s'arrêter si les guerres de 1914/1918 et 1939 ne l'avaient fait survivre en lui faisant broyer le calcaire pour empierrer les routes, fabriquer de la chaux ou du ciment.
- La minoterie industrielle de la vallée du Célé aura rapidement raison du moulin local et le chanvre, un temps devenu culture industrielle, sera parti sous d'autres cieux, restant ici en tant que souvenir.

Le monde paysan se transforme, la rivière navigable est déclassée et ne voit plus guère passer de bateaux si ce n'est, pour une brève période estivale, ceux du tourisme fluvial. Les écoles se contractent dans des "regroupements pédagogiques" au rythme de la diminution des naissances. Même l'Eglise suit la transformation du paysage: Saint-Clair n'étant plus paroisse officielle depuis 1790 environ puisque Cénevières l'était désormais - ou le serait devenue immédiatement sans la révolution, et les déboires du clergé -; la population diminuant, les paroisses voient disparaître leurs prêtres et elles-mêmes sont contraintes à partir du milieu du XXè siècle, de fusionner dans des regroupements interparoissiaux de plus en plus étendus.
Les communes s'associent en communauté de communes qui elles-mêmes sont inciter à se regrouper au sein d'intercommunalités plus étendues pour constituer des entités plus importantes.

Tout cela n'empêche pas la vie de continuer et les derniers recensement de l'INSEE montrent un léger redressement de la courbe de population.